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L’Homme à la Bentley (Extraits)

21 février 2017 - Nos livres

EXTRAIT 1 (Aimée et Alexandre)

Les semaines passèrent. Le malaise d’Aimée grandissait. Marlène l’appela à plusieurs reprises et laissa des messages où elle lui demandait de ses nouvelles. Elle s’inquiétait pour elle. Puis elle lui annonça par texto que Diego et elle allaient quitter Paris pour s’installer en Allemagne. Diego avait trouvé un travail là-bas et ils partiraient dans une quinzaine jours.

Une semaine avant son départ, Marlène l’avait appelée un matin vers 9 heures. Comme à son habitude ces derniers temps, Aimée n’avait pas décroché. Puis, une fois le message enregistré, elle l’avait écouté.

Marlène, de sa voix rugueuse et chantante, lui disait :

—Aimée, c’est la dernière fois que je t’appelle, je pars dans quelques jours. Je voulais juste te dire que j’ai tiré les cartes pour toi hier soir. Elle ont été formelles : Alexandre rencontre une femme demain en fin d’après midi dans un hôtel à la Bastille.

Et elle donna le nom de l’hôtel. Aimée fut choquée. Comment Marlène osait-elle lui dire cela ? Comment les cartes pouvaient elles préciser un jour précis et le nom d’un hôtel. C’était une blague ! Marlène mentait. Pourquoi voulait-elle noircir Alexandre de cette manière ? Pourquoi la faire souffrir, elle, à ce point ?

Toute la matinée Aimée tourna en rond dans son loft. Il lui fut impossible de se concentrer sur quoi que ce soit. Elle commença par faire du lavage, elle fourra dans une machine les chemises d’Alexandre, les torchons, les serviettes de bain. Agir lui faisait du bien, l’empêchait de broyer du noir. Mais lorsqu’elle s’assit à son bureau pour ranger ses papiers, ses pensées divaguèrent. Elle s’imagina Alexandre dans les bras d’une autre femme. Elle n’en supporta pas l’idée. L’amertume et la détresse la submergèrent. Elle s’allongea un moment sur le grand canapé de cuir blanc face à la baie vitrée qui surplombait l’église St Sulpice. Elle se savait gâtée par la vie et pourtant elle était malheureuse. Enfermée dans une prison dorée, enfermée sur elle-même.

A midi, elle prit sa décision. Elle voulait en avoir le cœur net. Elle se rendrait à l’hôtel. Si Marlène s’était moquée d’elle, gare à elle ! Si elle lui disait vrai, elle voulait prendre Alexandre sur le fait. Continuer à douter la rendait malade. L’angoisse la taraudait, mais elle voulait savoir.

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EXTRAIT 2 (L’Homme à la Bentley)

La jeune femme décide de ne plus s’intéresser à ce qui se passe derrière elle. Elle allume la radio. Ce sont les informations. Bush veut la guerre en Irak, mais des défilés pour la paix ont drainé des millions de personnes dans toutes les capitales du monde, même à Amsterdam. Elle aurait aimé y participer, mais elle n’a pas pu, elle travaillait chez la comtesse. Elle se promet de descendre dans la rue pour protester dès qu’elle le pourra. Après l’international, le journaliste lit les nouvelles concernant les Pays-Bas. Elle écoute d’un air distrait les décisions prises par le parti au pouvoir au sujet d’une réforme électorale. Les informations du pays l’intéressent peu. Les élections : des querelles de clochers, dans un pays sans contraste où tout le monde mange à sa faim, dort dans un bon lit et est affilié à la Sécurité sociale.

Avant de clore le journal, le speaker annonce un dernier flash : un homme dangereux s’est échappé d’une prison à la frontière allemande. Un avis de recherche est lancé. Il est seul et on suppose qu’il roule dans une voiture volée.

Et enfin la météo : froid et ensoleillé. C’est le temps que Justine préfère en hiver. Elle jouit à nouveau du paysage, des troncs poudrés de blanc et scintillants au soleil. On a passé Ede et les bois sont entrecoupés de pâturages où quelques vaches brunes paissent malgré le gel. Ici et là, elle aperçoit une ferme au toit de chaume et, collée à elle, une longue grange aux vitres aveugles et couverte de tôle ondulée : l’abri pour les bêtes.

Tout à coup une pensée s’insinue en elle. Ce prisonnier, il vient d’Allemagne. Où est cette prison à la frontière allemande ? Ne serait-ce pas près d’Arnhem où habite la comtesse ? Il aurait volé une voiture. Elle regarde dans le rétroviseur, la Bentley est toujours là, à quelques mètres de son pare-choc arrière.

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EXTRAIT 3 (La Santé)

Entre temps la porte vers l’extérieur a été ouverte et, passant le bras sous celui de la jeune Polonaise nous sortons ensemble. Je l’aide à récupérer ses affaires et nous nous retrouvons rue Messier.

—Allons boire un verre, lui dis-je.

—Oui, allons-y.

—Vous connaissez la brasserie en face du métro ?

Elle me regarde avec un sourire pâle.

—Oui j’y vais toujours après la visite à mon mari.

Nous marchons côte à côte en silence. Je soutiens Magda jusqu’au coin du Boulevard St Jacques. Là, d’un geste doux mais déterminé, elle se détache de moi et traverse la rue seule. Nous prenons une table dans le café, à l’ombre.

Elle commande un café et moi un Perrier.

—Julian est votre ami ? me demanda-t-elle.

—Oui, nous avons eu une aventure autrefois. Alors, par amitié, je viens lui rendre visite de temps en temps.

—Mon mari l’apprécie. Ils ont la même passion : les chevaux.

—Vous avez des chevaux ?

—Plus maintenant. Lorsque mon mari a dû aller en prison, on a tout vendu pour payer un bon avocat. Il le fallait, la partie adverse est fortunée et manipule. Sa famille est riche mais l’a abandonné. Il n’a que moi ici.

—Et vous, votre famille …

Je vois le visage de Magda s’assombrir.

—Elle est en Pologne. A Gdansk. Je suis originaire de Gdansk. C’est là où j’ai rencontré Hadrien. Il venait pour un congrès et moi j’étais serveuse au Novotel où il était descendu. Nous sommes tombés amoureux. Je l’ai suivi à l’Ouest.

—Votre famille sait pour votre mari ?

—Non. Mes parents ne comprendraient pas. Ils ne viennent jamais à Paris, c’est moi qui vais les voir. Alors je fais comme si.

—Et les chevaux, l’appartement ?

—Tant que je garde mes habits, ça va.

Magda boit son café en regardant le boulevard. Lorsque elle l’a terminé, elle me dit :

—Je dois aller travailler à présent, merci pour votre aide.

Je n’ose pas lui demander ce qu’elle fait. Elle se lève, va payer au comptoir et disparaît au coin de la rue.

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