Extrait n°1

Kim venait de refermer le dossier lorsque Steve fit son apparition. Il débarqua dans son bureau toujours avec son sourire sournois aux lèvres et dévisagea un bon moment la jeune femme.

— Bon, on y va poulette. Le légiste a presque fini.

— Tu es au courant que j’ai un prénom ? Peut-être que retenir trois lettres, c’est trop pour toi ?

— Encore de mauvaise humeur, à ce que je vois.

— Quel dommage pour toi. Je le suis à chaque fois que tu fais ton apparition. Tu n’as vraiment pas de chance, lui rétorqua-t-elle d’un air cynique.

Il marmonna quelque chose d’inaudible et ce fut dans un silence pesant qu’ils se déplacèrent jusqu’à la morgue. Cette dernière se trouvait au sous-sol de l’hôpital de la ville. Kim avait eu l’occasion de s’y rendre à plusieurs reprises mais à chaque fois, elle ressentait le même malaise. C’était un endroit froid, impersonnel. Un lieu où toute vie avait disparu, ce qui en un sens était le cas. Les longs couloirs aux murs gris clair, l’éclairage cru ainsi que la température relativement basse lui faisaient sans cesse penser à un mausolée.

Le médecin était en train d’enregistrer son rapport sur un petit dictaphone lorsque les deux inspecteurs le retrouvèrent. Il leur fit signe d’attendre et termina ce qu’il avait à dire avant de s’occuper d’eux.

— J’ai terminé une partie de l’autopsie, en tout cas j’ai les premières constatations. Il faudra attendre pour tout ce qui concerne les prélèvements. C’est parti au labo.

La jeune femme devança son collègue et prit la parole.

— De quoi est-elle morte ?

— Je dirais d’asphyxie en examinant les yeux mais ce n’est pas évident.

— Pourquoi ?

— Car, le tueur a tenté de la décapiter. Soit il n’en a pas eu le temps soit cela lui a été impossible pour de multiples raisons.

— Ce qui semblait être déposé sur son épaule gauche était bien ce que nous pensions ?

— Oui, il s’agissait de ses intestins. Ce malade les a retirés pour les placer bien en évidence sur son corps.

Ce fut à cet instant que l’inspecteur Doom intervint.

— Y a-t-il des similitudes avec le meurtre précédent ?

Il jeta un coup d’œil à sa coéquipière. Celle-ci restait de marbre mais intérieurement, elle rongeait son frein. C’était à elle de poser cette question, pas à cet enfoiré.

— L’abdomen a été mutilé comme pour le premier corps. Mais dans ce cas-ci, l’utérus manque à l’appel ainsi qu’une partie de la vessie et d’autres organes.

— Quoi ? s’écrièrent Kim et Steve d’une seule voix.

— Oui, et je peux vous dire qu’il n’y a pas été de main morte, si vous me permettez ce jeu de mots.

— Mais encore ?

— Il s’y est donné à cœur joie. Tout a été arraché, comme…

— Lorsqu’on vide un animal avant de le manger, murmura Kim.

— Vous m’enlevez les mots de la bouche.

La jeune femme parla mais plus pour elle-même que pour ses interlocuteurs :

— Donc, à présent, il emporte des souvenirs ou peut-être des trophées.

Le médecin qui pensait que cette réplique lui était destinée répondit :

— Ça, c’est à vous de le découvrir. Moi, je ne fais que constater.

La jeune inspectrice le regarda un instant sans comprendre. Lorsqu’elle saisit ce qu’il voulait dire, elle poursuivit :

— Pouvez-vous nous dire s’il s’agit de la même arme que celle utilisée sur Maria ?

— Maria ?

— Oui, la première victime, répondit la jeune femme sur un ton acerbe.

— Je ne peux pas encore me prononcer. Il faut attendre que je fasse des analyses plus poussées. Mais à première vue, je répondrais par l’affirmative.

Steve qui prenait quelques notes demanda au médecin :

— A-t-elle été agressée sexuellement ?

— Vu les dégâts occasionnés dans les parties génitales, il faut encore une fois que je fasse un examen en profondeur. Mais je n’ai pas trouvé la moindre trace de liquide séminal.

— Il s’est aussi attaqué à cette partie ? demanda Doom.

— Oui, d’ailleurs il l’a emportée avec lui. Donc, difficile de répondre à votre question.

— Je suis sûre qu’il ne l’a pas violée, répondit Kim.

— Et tu te bases sur quoi ? intervint l’inspecteur.

— Ce n’est pas son but. Il prend son pied à les tuer et à les mutiler. L’acte sexuel à proprement parler ne le fait pas bander. Il a besoin de sang et de mutilations, c’est ça qui l’excite.

 

 

 

Extrait n°2

Sans préambule, le capitaine sortit la lettre envoyée par le tueur et la tendit à son ancien équipier. Kim ne comprenait pas pourquoi son chef l’avait retournée de telle façon que son vis-à-vis ne puisse pas la voir.

Marcus hésita un instant et Rig le vit :

— Il n’y a aucune empreinte et je ne te le demanderais pas si nous n’étions pas dans une impasse.

— Ils sont au courant ? lui demanda l’homme aux yeux gris-bleu en désignant les deux inspecteurs.

— Non, je ne leur ai rien expliqué. Mais ne t’inquiète pas. Ils ne diront rien, tu as ma parole.

— Donc, je vais juste devoir faire mon petit numéro de magicien.

— Détrompe-toi, Marcus. Si tu acceptes de travailler avec nous, il faut qu’ils comprennent, qu’ils sachent. Maintenant si après ça, tu ne veux pas, je ne t’en voudrais pas. Tu as toujours été mon pote et je respecterais ta décision. Tu n’entendras plus jamais parler de nous.

L’ami du capitaine jeta un coup d’œil à Kim et celle-ci se sentit rougir.

— Bon, très bien. Tu peux reprendre ta feuille. Je vais m’asseoir et me concentrer.

Lorsque Marcus fut assis confortablement à son bureau, le capitaine sortit de sa sacoche une feuille de papier vierge ainsi que plusieurs crayons de différentes couleurs.

La jeune femme entendit l’étranger expirer et inspirer profondément. Ensuite, il renifla à plusieurs reprises. Ce reniflement avait quelque chose d’étrange, de malsain. Il ne s’agissait pas de quelqu’un qui avait un rhume ou sentait une mauvaise odeur. Non, on avait plus l’impression d’entendre un animal à l’affût, sentant, cherchant sa proie.

Elle n’était pas la seule à ressentir ce malaise. En tournant légèrement la tête, elle put voir l’expression de Steve. Il avait l’air complètement perdu. Il tenta d’ailleurs d’interpeller son patron, lorsque celui-ci lui intima l’ordre de se taire d’un simple geste de la main.

L’homme, assis au bureau, se retourna pour les observer mais c’était comme s’il ne les voyait pas. Il regardait à travers eux. Kim eut un sursaut, ses yeux avaient changé d’aspect. Ses iris n’étaient plus de cette couleur qui l’avait envoûtée auparavant mais d’un brun-rouge profond, un ocre sombre. Elle ne rêvait pas. Elle avait entendu la petite exclamation qui s’était échappée de son équipier.

Herb prit machinalement le crayon rouge qui se trouvait à sa droite et commença à écrire frénétiquement sur la feuille de papier. Il s’arrêta deux fois, pour pousser des cris de joie qui mirent les spectateurs mal à l’aise. Par deux fois, l’homme ricana et ils entendirent distinctement les onomatopées ah, ah.

Quand il reposa son crayon. Le capitaine vint derrière lui et posa la main sur l’épaule droite de son ami. Il se pencha et lui murmura : réveille-toi Marcus.

L’ancien flic sortit de sa transe et regarda les personnes qui se trouvaient autour de lui avec une expression de surprise. Il lui fallut quelques instants pour qu’il reprenne ses esprits. Kim fut rassurée de voir que ses yeux avaient retrouvé leur belle couleur.

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