Extrait 1/3

— Salut Marc, désolé de t’avoir appelé si tôt, mais tu devrais voir ça !

Elle, c’était Marine ! Marine Salberg, mon binôme, mon bras droit. La jeune femme de vingt-six ans, récemment sortie de l’école de police, avait rejoint mon service depuis deux mois. Une jolie brune aux yeux noirs sous un chapeau bariolé. Les chapeaux, c’était son dada, allez savoir pourquoi. On me l’avait imposée pour des raisons qui m’étaient encore inconnues. L’entente entre nous n’était pas encore au beau fixe. « Ça viendra » m’avait-elle dit. Elle était aussi belle qu’elle était chiante !

— Alors c’est quoi l’affaire ? lui répondis-je en continuant vers le groupe de policiers.

— Pas bonjour, donc mauvais jour ! OK, dit-elle.

Elle m’emboîta le pas.

— Accroche-toi, un homme et son enfant, un nourrisson, à peine quelques jours ! On vient de l’emmener en urgence au service maternité de la clinique la plus proche.

— Marc, salut, c’est dingue, putain, viens voir ! Merde, je n’ai jamais vu ça, c’est, c’est, c’est dingue, bredouilla un homme en me voyant.

Il était tout excité. C’était mon autre équipier, le chinois, le soixante-huitard. Jacky Chang et Bob Dylan mélangés, vous voyez ? Cheveux longs, l’écharpe et la chemise à fleurs couleur jaune d’œuf. On m’avait refilé les plus barjots de la brigade, mais les plus efficaces. Et lui, c’était mon pote, cela faisait des années qu’on bossait ensemble.

— Poussez-vous les gars !

Il écarta les policiers pour me montrer le corps allongé sur le sol.

— Pas de papiers sur lui ? On ne sait pas qui c’est ? demandai-je.

— Rien du tout, répondit Marine.

— Regarde, c’est impressionnant, me fit Tchang en désignant le corps étendu.

Je m’approchai, une horreur ! Le pauvre mec était troué comme une passoire. Il y avait un grand trou dans la poitrine de l’homme et un autre beaucoup plus petit dans la cuisse gauche, des traces d’armes à feu mais d’une taille impressionnante.

— Tu as vu ça ? On a dû lui tirer dessus avec un bazooka !

Je leur demandai en me penchant au-dessus.

— C’est étrange cette tenue. Il sort d’un bal masqué ? On dirait qu’il est déguisé, en, en, comme dans Star Trek, tu vois ? À part cette veste militaire, sa tenue est vachement bizarre !

— Bonjour Marc, me lança José, le légiste qui s’affairait sur l’homme.

— Salut ! Pas la peine de me dire de quoi il est mort, vu le trou qu’il a dans la poitrine, fis-je remarquer.

Le médecin bafouilla et me répondit.

— Ben, euh, il n’est pas mort justement ! C’est surprenant, mais c’est comme ça ! Il vit encore, et vu la blessure, c’est incroyable. C’est bien la première fois que je vois ça dans ma carrière. J’attends les secours d’une minute à l’autre, nous allons l’emmener à la clinique de l’Alma, c’est la plus proche. Il n’y a pas beaucoup d’espoir, mais bon.

— Comment est-ce possible ? Tchang, tu me prends des photos de tout ça, avant qu’on l’embarque, OK ?

— D’ac patron, je mitraille tout, répondit-il en sortant son appareil photo.

Marine se pencha également et me montra un objet étrange que l’individu serrait dans sa main.

— Regarde ça ! C’est quoi ?

Elle retira délicatement l’objet des doigts du blessé.

— Marc, on dirait une pierre précieuse, un diamant peut-être ? Dix centimètres au moins, c’est énorme !

— Montre !
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Extrait 2/3

Je retournai précipitamment sur mes pas me cacher dans la cellule vide. Je me tapis sur le côté de la porte, derrière le mur. Quelques secondes plus tard, j’entendis les hommes vociférer sur la jeune femme.

— Qu’est-ce que tu as à gueuler comme ça, sale pute ?

— Sauvez-moi, laissez-moi sortir, je vous en supplie, gémissait la pauvre fille.

— Sortir ? Tu rigoles ou quoi ? dit l’un des hommes en riant.

— Il n’y a que nous deux au labo, ce matin, on pourrait en profiter un peu, non ? suggéra une autre voix.

— Ouais, t’as raison, elle est encore bonne, cette salope ! Elle a un cul d’enfer !

Puis, j’entendis le bruit du cadenas et la porte qui s’ouvrit. La fille hurla. « Merde, merde, merde, fait chier ! » râlai-je. Je ne pouvais pas rester là sans rien faire. Je sortis mon colt Python, ôtai le cran de sécurité et sortis discrètement de ma planque. Je m’approchai de l’autre cellule et penchai la tête. Je vis un homme debout, de dos, tenant une lampe torche, un pied posé sur le crâne de la jeune femme, lui écrasant le visage dans la poussière. L’autre avait déjà baissé son pantalon, le sexe en érection, et tirait sur les chaînes pour lui écarter les cuisses. L’un riait, l’autre gueulait.

— Laisse-toi faire, connasse, ça va te faire du bien, tu vas voir !

— Ne traîne pas, j’ai envie, moi aussi, dit l’autre.

Le mec s’accroupit, releva la jupe, s’appuya sur les fesses de la fille qui pleurait, et s’agenouilla pour la pénétrer. Je m’avançai sans bruit derrière les deux individus et posai le canon de mon arme sur la nuque du violeur, puis j’appuyai sur la détente. Son crâne explosa, recouvrant les murs et son collègue de sang, d’os et de chair. Le mec s’effondra sur la jeune femme. L’autre individu sursauta, mais avant qu’il ne puisse réagir, je tirai de nouveau. La balle pénétra dans son dos, traversa le cœur, et ressortit de l’autre côté, explosant tout sur son passage. Il s’écroula un mètre plus loin de tout son long, sans même avoir prononcé le moindre mot. Les bruits des coups de feu avaient retenti dans tout le sous-sol. J’avais l’impression que tout le monastère les avait entendus. Je récupérai les clés sur le corps du gars qui avait le cul à l’air, délivrai la fille de ses entraves, l’aidai à se relever et tentai de la rassurer.

— C’est fini, on s’en va ! Venez, suivez-moi.

La fille s’accrocha à mon cou et me suivit péniblement. Affaiblie, elle pleurait toutes ses larmes. Je ne pouvais plus continuer mon inspection, je devais la sortir de là. Je n’avais pas trop le choix. Portant la jeune femme à bout de bras, nous remontâmes jusqu’au cloître. Personne ne nous attendait, ni dans les allées, ni dans le jardin. Finalement, les murs épais avaient dû étouffer tout le vacarme que je venais de faire.

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Extrait 2/3

Les pièces du rez-de-chaussée étaient magnifiquement décorées, l’argent et le luxe transpiraient dans chaque objet et mobilier.

— Il est sacrément blindé de fric, ton papa chéri, soufflai-je à l’oreille de Marine.

— Je n’avais pas connaissance de tout ça, me répondit-elle, embarrassée et surprise à la fois. Mais pour l’instant, rien ne prouve qu’il soit impliqué dans ce merdier, c’est certainement à son insu !

— Peut-être, il serait bon que je l’interroge, ce brave papounet. Allons faire un tour à l’étage et cherchons ce foutu grenier, il n’y a rien ici qui nous intéresse.

Nous montâmes un grand escalier de marbre. Au fond d’un couloir en pierres apparentes qui donnait sur des chambres toutes aussi luxueuses qu’en bas, une petite porte voûtée était fermée à clé.

— Coban ! Euh, Aurélien, me rattrapai-je en voyant le regard suspicieux du commissaire en entendant ce nom. Faites-moi un joli trou dans cette magnifique serrure, s’il vous plaît.

Il pointa le fusil de chasse et tira.

— Voilà, un joli petit trou, comme vous me l’avez demandé, dit-il en poussant la porte du pied.

Un petit escalier de pierre passé, nous nous retrouvâmes sous les combles. C’était immensément grand. Une dizaine de cartons parsemés de minuscules trous étaient alignés à même le sol à côté de plusieurs tables recouvertes d’éprouvettes et d’ustensiles du même genre. Une sorte de machine d’aspect étrange et futuriste, comme une immense cocotte-minute moderne, alimentée par des tuyaux, était posée sur l’une d’entre elles.

— C’est quoi, tout ça, à ton avis ? me questionna Laura. Un laboratoire pour la drogue ?

— Je ne crois pas. Je me doute de ce que c’est, mais je n’aime pas ça du tout, répondis-je en m’approchant d’un carton. Alayre, soyez gentil, ouvrez la boîte.

— Hein ! ? Pourquoi moi ?

— Pourquoi pas, vous êtes flic, non ? Vous n’avez peur de rien ? Alors, ouvrez-moi ce bazar !

Alayre s’approcha, réticent et peu rassuré. Il ouvrit le carton lentement, hésitant, les mains tremblotantes et le front couvert de sueur. Il souleva enfin le carton et se recula subitement en criant. Une multitude d’araignées, des veuves noires, grouillaient à l’intérieur.

— Ils n’ont pas pu tout enlever, ils n’ont pas eu le temps. Enfin, on trouve quelque chose ! m’exclamai-je.

— Nom de Dieu, c’est quoi, toutes ces saloperies ? Qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire avec toutes ces araignées ? s’inquiéta Laura, dégoûtée par ces bestioles.

Je sortis un diamant de ma poche.

— C’est pour ça, ils ont besoin de l’alanine pour fabriquer ce truc-là. Ils utilisent leurs fils de soie, plus dur que du granit !

— C’est quoi ce machin ? À quoi ça sert ? me questionna le commissaire Marrent.

— Vous n’êtes pas au courant ? C’est une machine à remonter le temps. ça permet d’aller dans le futur ou de retourner dans le passé, si j’en crois mes sources, lui répondis-je en regardant Coban qui se tenait à l’écart. Mais, à ce jour, ce n’est qu’au stade de recherche. Il semblerait que personne n’ait pu encore trouver comment ça fonctionnait, c’est pour cette raison qu’ils font des tests sur des humains, comme sur cette pauvre Sonia Merichtoff. Vous voyez de qui je parle, commissaire ? La pute, celle qui n’était pas crédible à vos yeux et qui est morte aujourd’hui !

Tout d’abord embarrassé, il fit le tour des installations puis, revint vers moi, arrogant.

— Que je sache, la recherche sur les araignées n’est pas illégale. On ne peut pas arrêter quelqu’un parce qu’il a quelques bestioles dans son grenier, même des veuves noires, c’est risible !

— Veuves noires ! ? Bravo commissaire, vous êtes sacrément connaisseur. Ceci dit, vous avez raison, je ne peux pas arrêter Sarcello pour ça, mais je vais le convoquer tout de même dans votre magnifique bureau, si vous me le permettez, bien sûr.

— Pour les araignées, non, mais pour ça, ajouta Marine en brandissant le sachet de prélèvement contenant la drogue.

J’interpellai un policier, posté à l’entrée du grenier, derrière l’inspecteur Alayre resté en retrait, de plus en plus mal à l’aise.

— Prenez-moi des photos de tout ce bazar et appelez la scientifique, je veux les empreintes de tous les gens qui travaillaient dans cette pièce. Je pense que nous allons avoir quelques surprises, lui ordonnai-je.

L’homme regarda son chef, indécis, ne sachant s’il devait m’obéir ou pas. Laura s’avança et s’approcha de Marrent. Profitant de son embarras, elle s’interposa et s’adressa, le ton ferme, au commissaire.

— DGSI, vous savez ce que ça veut dire ? J’ai autorité sur vous ! Donc, en attendant de voir ce Sarcello, nous en profiterons pour discuter un peu, tous les deux, j’ai pas mal de questions à vous poser et quelques zones d’ombre à éclaircir. Alors, si nous allions à votre bureau, maintenant, le pria-t-elle, directive.

Puis, elle se tourna vers le policier pour lui ordonner de prendre des photos.

— Et vous, faites ce que l’inspecteur Mercier vous a demandé.

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