Extrait n°1

Le type face à Coban était assis dans un vieux fauteuil roulant, révélant deux moignons au niveau des genoux.

— J’suis désolé. C’est vrai que, pour le marathon, c’est raté !

— Ce sont les mêmes qui te courent après qui m’ont fait ça, reprit le vieil homme. Il y a quelques années, je me battais aux côtés de ton père. Nous avions tenté de tuer cet enfoiré de Yarael. Nous avions réussi à pénétrer dans son palais mais ils nous attendaient, les salauds. Ils m’ont tiré dessus. C’est un miracle si j’ai pu me sauver. J’ai juste eu le temps de récupérer ce truc dans son bureau avant de me tirer. Malheureusement, j’ai été mal soigné. Mes blessures se sont infectées et j’ai perdu mes jambes. Il n’y a plus de bons médecins dans ce secteur de merde !

— Et mon père ?

— Aucune idée. J’me suis tiré, j’te dis. Peut-être mort, peut-être en prison, va savoir !

Coban prit l’objet, le tourna dans sa main, perplexe.

— Je ne sais pas si je…

— … Si tu peux, toi, tu es un soldat, un militaire, ça se voit. Te battre, c’est ton quotidien. Alors tu peux, non, tu dois ! Sauve ce monde et tu sauveras ce bébé.

— Appelle-moi Dieu, pendant que tu y es ! ironisa Coban. Comment ça marche, ce truc ?

L’homme sourit. Il reprit l’étrange diamant et lui expliqua le mode d’emploi.

— Tu presses là et tu tournes, fit-il en montrant l’extrémité de l’objet.

Il reprit.

— Tu vas partir vingt-huit ans en arrière. Dans ce sens, c’est dans le passé, de l’autre c’est dans le futur, enfin je crois, je ne l’ai jamais utilisé ! Ah, tiens, prends ça aussi !

Il lui tendit quelques pilules bleues qu’il posa sur la table.

— Elles peuvent être utiles. En cas de blessure, elles font coaguler le sang et t’évitent l’hémorragie.

À cet instant, la porte du bistrot s’ouvrit, la police communautaire entra.

— Sauve-toi ! Par les chiottes, je vais les retenir, s’écria le vieil homme.

 

Sans réfléchir, Coban attrapa la pierre et ramassa les pilules. Prenant l’enfant dans ses bras, il se sauva vers l’arrière-salle du bar.

— C’est moi qui ai dénoncé ton père, je suis désolé, alors venge-le ! Et si tu le vois, donne-lui le bonjour de Tchang, lui cria-t-il.

Coban se retourna, serra les dents, puis s’engouffra dans les toilettes nauséabondes et crasseuses. Il ouvrit une fenêtre et se faufila dans l’ouverture. Au bout de la ruelle, il aperçut le pont d’Alma traversant la Seine.

« Avec un peu de chance, je peux le franchir. Je pourrais me cacher dans le secteur 2, là-bas, ils ne me chercheront pas » pensa-t-il.

Il partit en courant, serrant l’enfant contre lui. Les hommes de la police communautaire s’avancèrent vers le fond du bistrot en direction des toilettes.

— Il s’enfuit par les chiottes ! Rattrapez-moi ce salopard, ordonna le chef.

À cet instant, l’homme sur son fauteuil sortit un vieux fusil de chasse à canon scié caché sous sa veste élimée. Il pointa l’arme vers les policiers.

— Ça fait des années que j’attends ce moment. Content de te revoir, enfoiré ! dit-il, un sourire aux coins des lèvres.

Il appuya sur la gâchette. La tête d’un policier explosa sous la violence des plombs. Il n’eut pas le temps de tirer une deuxième fois, les autres soldats ripostèrent, le criblant de toutes parts. Le vieil homme, sous la puissance du feu, recula de deux mètres dans son fauteuil avant de rendre son dernier souffle dans une mare de sang.

— Débarrassez-moi de toute cette racaille, lança le chef.

Les policiers tirèrent sur tous ceux qui se trouvaient dans le bistrot, par haine et surtout par plaisir.

Extrait n°2

Coban se moucha, son nez coulait. Le pauvre avait pris froid dans le 4X4 à cause de la bâche trouée comme une passoire.

— J’ai chopé la crève dans ta carriole, dit-il en éternuant. C’est une voiture pour l’été, pas pour l’hiver ! Tu ne pouvais pas acheter autre chose ?

— Cette carriole, comme tu dis, elle nous a sauvé la vie ! Sans elle, nous n’aurions jamais pu traverser les vignes, ça vaut bien un petit rhume.

— Je t’ai entendu parler de Marine au téléphone. Moi, je ne la sens pas, cette nana, confia Laura.

— Moi non plus, surtout si c’est la future femme du prophète, rajouta Coban.

— J’espère que Pierre pourra découvrir quelque chose. En attendant, je me sers un verre, ça va me détendre. Ce trou du cul de commissaire m’a foutu la rage.

— Sers en deux !

— Trois, lança notre fils en éternuant de nouveau.

J’attrapai des gouttes dans le placard au milieu de médicaments.

— Tiens, prends ça, ça te fera du bien.

— Merci. Eh oh, c’est périmé, ton truc !

— On s’en fout, ça marche quand même.

— Dis donc, râla ma belle Italienne. Tu nous casses les burnes, là ! Tu n’es pas encore né que nous devons déjà te soigner.

Je servis trois verres de whisky et je vidai le mien d’un trait. Nous entendîmes la petite Daala pleurer dans sa chambre.

— Elle doit avoir faim, je m’en occupe, se proposa Laura en se levant du canapé

— J’aime bien cette gosse mais elle me gêne plus qu’autre chose pour l’instant. Je suis bloqué, je ne peux pas vous aider. Et puis, c’est trop dangereux pour elle. On ne peut pas la balader comme ça, sans arrêt !

— Tu as raison, j’ai peut-être une idée. J’ai une amie à la Grande Motte qui pourrait s’en occuper. Je la connais très bien, c’est une perle. Elle ne me le refusera pas, j’en suis certain. Son mari est vachement con mais elle, c’est un amour, une vraie amie.

— Tu l’as sautée celle-là aussi ? me lança Laura de la chambre.

— Tu es vraiment lourde, toi, sérieux, t’es grave ! Je vais l’appeler !

Extrait n°3

La grenade atterrit sur les pieds du barman qui hurla de frayeur et plongea par-dessus le bar. Tous les Russes se plaquèrent au sol et s’abritèrent derrière les tables qu’ils renversèrent.

Je fus le dernier à franchir la porte quand l’explosion retentit à l’intérieur. Le souffle fit éclater les vitres du restaurant, me projetant avec mon ami Marcel qui courait devant moi, plusieurs mètres plus loin sur le trottoir au milieu des débris de verre.

— Waouh, putain, trop fort ! C’est dingue, c’est ouf de chez ouf, s’esclaffa-t-il en se relevant et se dépoussiérant.

— Oh, il n’est pas un peu barjot, ton pote ! ? Marion vient de faire exploser un bar et lui, il se marre comme une baleine ! ça le fait rire, ce malade, me souffla Laura qui venait m’aider à me redresser.

Je regardai mon amie et secouai la tête, amusé.

— Il faut reconnaître que l’on ne s’y attendait pas. Qu’est-ce qui lui a pris à ton boss de balancer une grenade ? C’est lui le malade ! Sinon moi, je vais bien, merci de me l’avoir demandé.

Je partis retrouver le colonel et lui criai dessus. J’étais remonté contre lui.

— Vous êtes fou ou quoi ? Vous avez fait exploser tout le restaurant, à deux doigts, j’y laissais ma peau !

— Calmez-vous, Mercier, vous êtes vivant, nous n’avons pas de blessé, donc, tout va bien. Et puis, il était pourri, son bar, ça puait le chou et la vodka.

Il se retourna pour interpeller les deux policiers qui se remettaient à peine de la déflagration.

— Hey, vous deux, appelez les secours et le légiste.

— Qu’est-ce qu’on fait ? Boris doit être mort, il doit être en mille morceaux dans tout ce bordel, comment allons-nous faire pour trouver Alayre et coincer Salberg maintenant ?

— Ne vous en faites pas, Mercier, tout vient à point à qui sait attendre ! Même si nous n’avons pas encore arrêté ces deux enfoirés, nous venons de mettre un sacré coup de pied dans la fourmilière. Nous venons de leur prendre leurs armes, la drogue, couper leurs finances et descendus pas mal de leurs hommes de main, maintenant, ils sont aux abois. Nous avons fait du bon boulot, sérieux, bravo Mercier !

— Bravo ? Vous êtes sérieux ? Comment allons-nous faire pour expliquer tout ce foutoir ? Une grenade, putain, je rêve !

— Ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout, me dit-il, toujours aussi naturel et presque indifférent. Rentrez chez vous et reposez-vous, on s’appelle demain. Nous en avons assez fait pour aujourd’hui. Demandez à votre ami qui se bidonne pour un rien de vous ramener aux laboratoires Salberg pour récupérer votre voiture. Détendez-vous, je gère, et faites-vous soigner ce bras, vous saignez.

— Je gère, je gère, encore heureux, manquerait plus que ça, merde alors, bougonnai-je dans ma barbe en le quittant. Laura, on s’en va !

Puis, j’appelai mon ami le gendarme.

— Marcel, c’est fini pour ce soir, on rentre ! Tu peux nous ramener jusqu’aux laboratoires, c’est sur ta route ?

 

Il nous déposa sur le parking des labos Salberg. Je le remerciai une fois de plus pour son aide précieuse et nous prîmes congé. Les policiers étaient encore présents sur place. Le chef nous aperçut et vint me voir.

— Inspecteur, vous devinerez jamais ce qu’on a découvert à l’étage en dessous ?

— Des araignées !

— Hein ! ? Comment savez-vous ça ? Il y avait des cartons entiers de ces foutues bestioles, des grosses, bien noires, bon sang, j’en ai encore des frissons.

Ma blessure au bras pissait de nouveau le sang et me faisait souffrir.

— Je prends le volant, décida Laura en ouvrant la portière de l’Alfa Romeo. Je vais te conduire aux urgences, tu saignes beaucoup trop !

— Ce n’est rien, je nettoierai la plaie à la maison. Rentrons, j’ai besoin de me calmer, un grand verre de whisky me fera du bien.

Elle me regarda et acquiesça malgré elle, puis démarra. J’étais remonté contre le colonel, j’avais les nerfs et, à la vue de mon visage, elle le comprit.

— C’est bon, détends-toi, ce n’était que des criminels !

— Peut-être, mais nous aurions pu tous y laisser notre peau. Je te rappelle que nous sommes flics, il est devenu fou, il a pété un câble, ton boss !

— Un peu, c’est vrai, je reconnais, mais il a des excuses !

— Des excuses ! ? Il a balancé une grenade, putain, ce n’était pas prévu, il n’était pas obligé de faire exploser cette saloperie de restaurant, merde alors !

Tout en râlant, je guidai Laura pour sortir de la zone d’activité afin de récupérer la quatre-voies en direction de la Grande Motte. J’aperçus deux grosses berlines grises, des Audi A4, stationnées un peu plus loin sur ma droite le long d’un trottoir. Laura les dépassa et, malgré l’obscurité de la nuit, je distinguai plusieurs silhouettes à l’intérieur.

— Il a déjà eu à faire avec ce fameux Boris. C’était déjà pour du trafic d’armes, il y a quelques années. Il n’était pas encore colonel mais chef d’une section d’intervention. L’opération a complètement foiré. Boris avait été prévenu, par qui, comment, on ne sait toujours pas. Il a perdu presque la totalité de son équipe, ce jour-là. Huit de ses hommes ont été abattus, dont son meilleur ami, m’expliqua Laura.

— Je ne savais pas, répondis-je en surveillant dans le rétroviseur les véhicules encore immobiles.

Laura stoppa au feu rouge, attendit qu’il passe au vert et redémarra. Une centaine de mètres plus loin, elle bifurqua sur la bretelle de la voie rapide. Derrière nous, je vis, juste avant qu’elle ne tourne, les phares des Audi s’allumer.

— Putain, chiottes, merde, fait chier ! jurai-je.

— Calme-toi, mince alors, tu pourrais admettre tout de même qu’il en avait gros sur la patate ! Je sais bien que la vengeance n’amène à rien, mais ça fait du bien.

Voyant que je n’écoutais que d’une oreille, elle s’emporta.

— Hey, je te parle !

— Hein ? Oui, oui, mais nous avons un autre problème pour l’instant ! Nous sommes suivis, lui dis-je en sortant mon arme et vérifiant le chargeur.

Elle jeta un œil dans son rétroviseur et aperçut les feux de voitures, une centaine de mètres derrière nous.

— Mince, tu en es sûr ?

— Oui, certain, elles nous suivent depuis les laboratoires. Nous sommes passés devant et je suis sûr qu’elles nous attendaient, j’ai vu des types dedans.

— Qui ça peut bien être ? Alayre ?

— Je ne crois pas. Il est blessé et certainement pas en état pour nous courir après.

— Les Russes ? Ils veulent se venger ?

— Peut-être, on va vite le savoir, lui répondis-je en voyant le véhicule se rapprocher.

— On fait quoi, alors ?

— Pour l’instant, on les sème !

 

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