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LES LEVRES ROUGES (EXTRAITS)

30 janvier 2019 - Nos livres

Extrait 1

Lorsqu’Édouard jugea le moment venu, il organisa une surprise. Il réserva une chambre dans un mas camarguais, tout près des Saintes-Maries-de-la-Mer. Il ne pouvait pas tomber mieux, tu adorais cet endroit. Tu le lui avais confié lors d’une de vos premières rencontres.

Juste après la sortie 4, confortablement installée sur le siège passager, tu te laisses aller à la rêverie, en regardant les images défiler sous tes yeux émerveillés. Alternance de vastes espaces argileux, de rizières, et de côtes dunaires, sur des kilomètres. En ce début d’été, la lavande de mer recouvre de ses mille petites fleurs bleues, les immenses étendues. Les étangs, les marais, et les lagunes saumâtres deviennent les aires de jeux favorites des oiseaux migrateurs. Les roseaux et les tamaris leur offrent un habitat sécurisant. Ce territoire très plat est celui des chevaux sauvages, mais aussi celui des taureaux. Leur robe noire et luisante, leurs cornes en forme de lyre sont la preuve que cette race, qui date de l’époque gallo-romaine, est restée la même qu’il y a 2000 ans. La Camargue, cette terre secrète qui change de visage selon les saisons, submergée en hiver et sèche en été, verte au printemps et flamboyante à l’automne, est l’alchimie entre eau douce et eau salée. Le mistral façonne ses dunes et couche ses arbres. Tu t’étonnes toujours de croiser au hasard de la route, un héron cendré qui cherche sa nourriture, un ragondin intrépide, ou tout autre échassier, dont tu ignores le nom. Vous ne tardez pas à arriver au niveau du pont des Bannes, où une véritable cabane de gardian a été transformée en auberge. Les chambres sont constituées de cabanes rondes, répliques parfaites de celle qui abrite la réception. Leur toit de roseaux est surmonté d’une croix qui les assure de la protection divine. Leur forme est censée limiter le pouvoir du vent du Nord qui balaye tout sur son passage.

Une fois installé dans la chambre confortable qui sera votre nid douillet pour ces deux prochains jours, Édouard se sent d’humeur romantique. Il a commandé du champagne et une corbeille de fruits frais. Il te traite comme une véritable princesse.

— Ma chérie, Dieu t’a faite pour moi. On va être heureux tous les deux.

Tu te blottis contre son torse rassurant, et tu te délectes de ses paroles.

— Tu ne pourras plus te passer de moi, continue-t-il, je vais devenir ta seule raison de vivre.

— Ne sois pas si présomptueux, le taquines-tu gentiment. D’abord, tu dois me faire l’amour, et je déciderai après.

Tu remarques son visage qui se fige légèrement. Ton intention n’était pas de le vexer, mais juste de plaisanter à ses propos un peu trop emphatiques.

Mais Édouard est susceptible.

— Ne doute pas de ce que je te dis. Personne ne t’aimera jamais comme je t’aime. D’ailleurs, tu en as eu beaucoup des mecs avant moi ?

— Tu sais bien que non. Je n’ai pas pris le temps de m’occuper des garçons, j’ai préféré mes études et ma musique. C’est pas la peine de me le faire remarquer à tout bout de champ.

— Dis plutôt que personne ne s’est intéressé à toi.

Blessée, tu as du mal à comprendre les contradictions d’Édouard qui tantôt te traite comme la huitième merveille du monde, et l’instant d’après te déprécie littéralement. C’est déstabilisant. Toutefois, tu n’as aucune envie de gâcher ce moment unique. Alors, tu balayes tes doutes d’un grand revers de main.

— Tu as raison mon amour, j’ai de la chance de t’avoir.

Il se détend, comme s’il avait enfin obtenu la réponse qu’il attendait.

— Oust, va te doucher, je t’attends dans le lit.

 

Extrait 2

Après une courte nuit peuplée de rêves fantasmagoriques où des corps sans visages se mêlent, se tordent et forniquent dans le chaos le plus indescriptible, tu te réveilles avec une sensation étrange de gueule de bois. Les réminiscences de ton songe perdurent. Tu n’as qu’à fermer les yeux pour le vivre à nouveau. Les disciples de Darius, tous vêtus de blanc, sont noirs. Ils entourent Salomé dans le donjon. Celle-ci a été allongée, nue, sur le dos, sur une sorte d’autel en pierre de lave, bras et jambes attachés. Elle est offerte, sans défense. Les douze hommes se dévêtent, laissant apparaître leur musculature saillante. Leur peau ébène te rappelle celle de Jérémy qui t’avait fait tant pleurer, juste après la naissance de Julien. Elle est brillante, lisse et épicée. Ces hommes possèdent une beauté rare. Ils semblent avoir été sculptés dans la chair de bois précieux. Le corps blanc et diaphane de Salomé frissonne imperceptiblement au contact frais de la roche volcanique. Sa cambrure parfaite, ses petits seins fermes et son ventre plat sont autant d’invitations à la luxure. D’ailleurs, les douze éphèbes entrent en action. Ils commencent par caresser la jeune femme. Deux par deux, trois par trois, jusqu’à ce que leurs vingt-quatre mains s’amusent d’elle, à l’unisson. La sensation doit être absolument divine. Pourtant, la suppliciée n’a pas le droit de jouir comme l’a stipulé Darius. Son corps ondule. Son sexe coule, à mesure que chacune des zones érogènes les plus sensibles est sollicitée. Sa nuque, ses oreilles, ses lèvres, ses mamelons, l’intérieur de ses cuisses. Des langues lèchent ses pieds. D’autres lui effleurent l’aine, contournent vicieusement son clitoris, jusqu’au nombril. Elle gémit. Elle supplie. Elle languit. Mais il ne faut pas qu’elle oublie que c’est une punition. Elle se doit de la recevoir dignement. Lorsque les doigts finissent par pénétrer ses orifices. Ils ne rencontrent aucune résistance. Ils glissent délicieusement dans les chairs de Salomé, qui lutte contre la jouissance qui la menace. Son clitoris est tendu comme un petit pénis. Il s’offre aux bouches gourmandes qui se le disputent. Les douze experts devinent que la situation commence à être difficile pour elle. Ils marquent une pause. Cependant, leur souffle sur la peau de la soumise, devenue hypersensible, s’avère être une vraie torture. Ils la détachent et la placent à genoux sur la table, sa croupe bien en évidence. Sa mouille perle entre ses cuisses. Ils vont pouvoir abuser d’elle avec force et déraison. Douze queues généreuses, gorgées de sang, prêtes à la transpercer. Un des hommes s’allonge sous Salomé. Elle s’y empale. Un second se positionne derrière elle et s’enfonce dans son anus dilaté. Prise ainsi, en double pénétration, la belle se sent idéalement remplie. Elle ne bouge pas. Ses partenaires ont trouvé la cadence parfaite qui ne va pas tarder à la faire grimper au septième ciel. Deux autres s’approchent de sa bouche. Ils s’y engouffrent à tour de rôle jusqu’à la glotte. Salomé a un réflexe de haut-le-cœur, mais s’adapte rapidement en bonne suceuse qu’elle est. Derrière elle, les hommes se succèdent dans son cul. Elle encaisse leurs sexes démesurés qui fouillent ses entrailles. Elle est contrainte de se retenir. Elle sent le plaisir l’envahir, de la pointe de son gros orteil, jusqu’à la racine de ses cheveux. Elle est littéralement électrifiée. Les hommes se branlent maintenant sur elle. Certains vont encore à l’assaut de sa bouche. Ils éjaculent abondamment sur son ventre, sur son dos. Une douche de spermes gluante, visqueuse qui la recouvre et l’honore. Elle hurle de douleur, tant elle se retient de ne pas se laisser aller à l’orgasme. Elle lève les yeux et croise le regard de Mattheus son maître qui a tout observé. Il bande. Il comprend que le moment est venu de la délivrer. Il la contourne. Il se place derrière elle, prêt à la soulager. Il sait qu’il n’a à ce moment précis qu’un mot à dire, et elle jouira comme jamais.

— Petite salope ! prononce-t-il d’une voix sèche, tout en lui claquant la fesse et en s’enfonçant dans son vagin.

Extrait 3

Le chauffeur vint chercher Violette à l’heure pile, au volant d’une orgueilleuse limousine sombre, et la déposa devant le grand portail de la propriété Montravel. Décidément, il faudrait qu’elle pense à passer son permis de conduire pour être plus indépendante. Elle prit quelques minutes pour se donner du courage. Elle regarda l’allée principale, dont l’éclairage composé de lanternes de cuivre avait été savamment disposé. Il produisait assez de lumière pour guider les visiteurs jusqu’à la grande porte centrale, tout en préservant une sorte d’intimité féerique et intimidante. Violette ne distinguait pas les massifs de végétation qui bordaient l’allée et composaient la majesté du parc. Elle ne pouvait que percevoir les effluves de romarin, thym, sauge, origan ou estragon, dont les arômes témoignaient de la richesse de la flore environnante et chatouillaient délicatement ses narines. Elle emplit ses poumons de ces senteurs familières. Elle finit par se détendre un peu. Elle observa ensuite les armoiries qui l’avaient tant intriguée par le passé. Leurs couleurs étaient flamboyantes. Elle actionna l’anneau de l’imposant heurtoir de bronze, dont la partie mobile sortait de la bouche d’un extravagant marmouset aux longues moustaches et aux joues protubérantes. Un valet vint ouvrir à la seconde même, comme s’il avait été greffé à la porte.

Il invita Violette à entrer sans qu’elle eût à se présenter. Elle était attendue. Il la dirigea vers le grand vestiaire où Garance l’accueillit chaleureusement. Cette femme, au visage rond, chiffonné par les années, possédait une grâce remarquable qui trahissait la beauté exceptionnelle, dont elle avait dû jouir étant plus jeune. Ces cheveux argentés étaient impeccablement retenus dans un chignon soigné. Ses lèvres de corail charnues dessinaient un sourire protecteur. Son regard, aux iris de couleurs différentes, inspirait confiance.

— Bienvenue au Château, belle enfant. Il me semble te connaître déjà, n’est-ce pas ?

— Bonsoir Garance. En effet, vous êtes très physionomiste, car je ne suis venue qu’une seule fois dans ce lieu féerique.

— Je n’oublie jamais les regards aussi mélancoliques que le tien. Suis-moi, je vais te conduire dans le salon Platon, celui que le Marquis réserve à l’initiation.

Violette trembla légèrement en emboîtant le pas de la vieille servante. Celle-ci l’introduisit dans une pièce recouverte de tentures rouges au milieu de laquelle étaient disposés un grand canapé ainsi que deux fauteuils de style victorien. Violette s’installa dans un des fauteuils. On lui servit un café avec des gâteaux miniatures. Quelques minutes s’écoulèrent et Darius vint la rejoindre. Son masque cachait immuablement son visage. La jeune femme ne put réprimer des pensées étranges. Comment faisait-il quand il partageait son repas avec quelqu’un ? Ne se laissait-il jamais tenter par un baiser ? Aucune émotion, aucune expression ne transpirait de cette figure figée. Cela l’intriguait au plus haut point. Il s’approcha et feignit un baisemain empreint de déférence.

— Je suis ravi de faire votre connaissance, belle Hélène.

— Merci de me recevoir, répondit timidement Violette.

— Tout le plaisir est pour moi.

Après cet échange de politesses, le mystérieux maître des lieux orienta rapidement la conversation sur le sujet qui était à l’ordre du jour.

— Pour bien comprendre vos motivations, pouvez-vous me parler de votre attente, de votre quête, de vos peurs ?

Violette commença à raconter sa vie. Elle n’avait plus vraiment de réticences. Elle livrait son âme, telle qu’elle était, sans artifice ni mensonge. Elle n’avait rien à vendre. Elle n’avait rien à perdre. Elle expliqua ce qu’elle avait vécu avec celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie. Elle confia le trouble ressenti à chaque fois qu’il l’avait maltraitée. Elle avoua l’excitation inexplicable qui l’avait envahie à chaque coup bas. Au début, elle restait évasive lorsqu’elle évoquait son défunt mari. Puis, encouragée par l’écoute active que Darius lui témoignait, sa langue se délia sans pudeur, sans retenue. Quand elle utilisa le prénom d’Édouard, elle devina un léger soubresaut sous le masque en face d’elle. Était-ce une élucubration de son cerveau ? Le moment était venu de le savoir. Elle donna plus de détails, encore plus de détails, pour que son interlocuteur n’ait plus de doutes. Elle enfonça le clou, risquant de tout faire échouer, car elle se souvenait que Denis lui avait confessé la méfiance de Darius. Ce dernier avait l’air de s’être bien repris. Ni ses gestes ni sa voix ne témoignaient une quelconque agitation.

— Hélène, je vous écoute attentivement. Votre parcours de vie est bouleversant et je comprends votre besoin d’exorciser votre passé pour renaître et avancer. Je dois vous faire une confidence à mon tour. La douleur fait partie de ma vie depuis que je suis né. C’est l’expérience quotidienne de la douleur qui me permet de savoir la donner, d’en contrôler toutes les facettes, d’en éviter l’accoutumance. Car il faut connaître parfaitement la douleur que l’on donne par sécurité et par respect de celui qui la reçoit.

Violette buvait les paroles de cet homme si charismatique. Il lui expliqua l’importance des cinq sens dans la réception de la douleur, ses effets euphorisants, la libération d’endorphines. Même l’environnement et le contexte, dans lesquels était administrée la douleur, avaient leur importance. L’éclairage, le volume sonore, les instruments utilisés, l’intensité, les témoins éventuels. Rien n’était laissé au hasard pour éviter les dérives et les dangers. Violette avait tapé à la bonne porte.

— Hélène, vous n’êtes pas une soumise. Vous faites partie de celles qui ont besoin de ressentir le mal pour être bien.

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