Poker Face (extraits)

Extrait 1/3

J’ai observé James perdre, je l’ai vu au loin, anéanti. Contre son gré, il a réussi à me transpercer l’âme tant la déception qui s’échappait de lui était démonstrative. Sur un coup de tête, presque instinctivement, j’ai alors quitté le jeu à mon tour. Je voulais être près de lui car je ne pouvais me résoudre à le voir défaillir sans m’en préoccuper, il m’était décemment impossible de ne pas m’absenter après avoir été témoin de cette scène. Je ne pouvais ignorer sa peine et son désespoir. Aux dépens de ma partie et donc de mon argent, je l’ai privilégié. J’ai laissé en plan mes jetons, mon siège et une chance de gagner pour cet homme dont j’ignorais encore beaucoup.

– J’ai pensé que tu ne voulais plus me voir. Tout à l’heure, tu m’as donné le sentiment de vouloir te débarrasser de moi, lâcha-t-il en continuant sa route.

Je ne pus m’empêcher de sourire en entendant ça. J’aimerais lui répondre : « James, j’étais juste droguée ne panique pas ! Et si tu veux tout savoir, je le suis encore », mais au lieu de cela, je me suis contenté d’entretenir un semblant de conversation avec lui : le temps, les gens, ma vie, mes études, tout y passa, et chacun de mes mots semblait l’intéresser, le passionner. Le dialogue était toujours si facile avec lui, qu’il était aisé de me livrer en toute confiance.

Extrait 2/3

– Dis-moi que tu m’aimes, me susurra la jeune femme en m’ôtant délicatement mes vêtements.

Je m’exécutai sans mal et lui fis l’amour avec tendresse. Nos deux corps en symbiose se donnèrent aux plaisirs interdits et chair contre chair, la passion commune nous lia de nouveau. Elle m’appartenait encore, je le voyais bien, je le sentais. Elle m’aimait. C’était notre chance. En pénétrant sa peau, je sus. Je sus que je ferais d’elle mon unique quête, quitte à y laisser ma vie. J’allais trouver une solution pour nous deux, prêt à tout abandonner derrière moi. J’avais du mal à croire ce qui se passait. Après cette tortueuse soirée, faite d’ascenseurs émotionnels, voilà que j’étais là, comblé dans les bras de ma belle. On dit souvent qu’un homme a plusieurs vies, et j’avais l’impression de toutes les avoir traversées avec elle. « Heureux » Ce mot tout simple désignait l’état dans lequel je me trouvais mais le bonheur fut pourtant de courte durée. En effet, alors que mon plaisir atteignait son paroxysme elle me dit d’une voix extrêmement blanche avant même que je jouisse :

– Tu as envie de jouir ? Alors fais-le en m’appelant Jane !

En la poussant je compris qu’elle venait, ni plus ni moins, de retourner sa dernière carte. Elle n’avait jamais arrêté de jouer. Je m’étais laissé berner par la charmante illusion qu’elle avait créée. Je m’en voulais tellement d’avoir manqué d’autant de discernement.

Elle me regarda d’un air suffisant et partit s’allumer une cigarette.

En entendant le prénom de ma femme sortir de sa bouche j’avais compris la terrible méprise. En retournant la voir, je lui avais servi sur un plateau d’argent l’opportunité de profiter une dernière fois de mes faiblesses à son avantage. Puis, comment connaissait-elle le prénom de Jane ? Depuis quand le savait-elle ? Comment l’avait-elle appris ?

Extrait 3/3

L’effroi monta d’un cran quand, en se levant, il ajouta une phrase de manière très concise qui accéléra mon cœur jusqu’à le sentir battre dans ma gorge.

– Je vais te prouver que tu n’es pas aussi forte que tu le crois Lise.

Il m’envoya un regard défiant en marchant lentement dans ma chambre, écrasant sans s’en soucier le barda épars laissé sur le sol. Je restai plaquée dos au mur, par couardise d’une part et par appréhension de l’autre. Je n’étais pas apte à l’affronter, pas de cette manière-là. Il ne jouait plus de la même façon que moi, il m’effrayait littéralement. Je sentais mes muscles se raidir un peu plus à chaque pas qu’il faisait. Je pris mon portable pour appeler Dave à l’aide « James est hors de contrôle viens vite » lui écris-je à l’abri du regard de ce dernier.

Sa chemise ouverte, son œil au beurre noir entourant ses yeux meurtris par la drogue, et sa démarche titubante accompagnée d’une démence précise lui donnaient un air menaçant. J’étais la seule coupable. J’avais engendré tout cela, réalisais-je abattue.

Il s’approcha de mon enceinte, la détailla avec intérêt puis se retourna :

– Te souviens-tu lorsque nous écoutions des morceaux de musique classique en refaisant le monde ? ! Te jouais-tu déjà de mes sentiments à ce moment-là ? s’esclaffa-t-il frénétiquement.

Aucun son ne s’échappa de ma bouche. Je n’osais ni bouger, ni parler, de peur d’attiser davantage sa fureur. Petit à petit, mes muscles se tétanisèrent. J’avais l’impression d’assister à cette scène de l’extérieur. Il attrapa la radio encore en marche et la jeta de toutes ses forces contre le mur. Elle se brisa sous l’impact du choc. Mes jambes se mirent à trembler jusqu’à ne plus supporter le poids de mon corps.

– Calme-toi James tu me fais peur ! implorais-je en pleurs.

Il m’ignora en continuant d’éparpiller son regard partout dans la pièce.

 

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