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Elles (extraits)

21 février 2017 - Nos livres

Extrait 1/3

Sophie n’avait que de bons souvenirs de son mariage. Il lui arrivait encore souvent d’y repenser. Elle avait reçu à peu près toutes les photos de leur union. Elle les avait stockées dans une grande boîte mais elle devait encore les trier. Avec le déménagement, elle n’avait pas encore eu le temps de réaliser les remerciements ni les albums photos. Puis, c’était un truc de femmes. Thomas n’était guère disposé à l’aider dans ce qui lui paraissait être une perte de temps.

Depuis le mariage, les mois s’étaient écoulés à une vitesse folle. Le déménagement a laissé place à quelques désaccords entre les amoureux. Désaccords accompagnés de longues disputes, de reproches et de paroles qu’on ne devrait pas se lancer à la figure sous le coup de la colère ni de l’énervement. Paroles prononcées qui furent cependant pardonnées avec le temps. Le temps et l’amour pardonnent bien des choses.

Bien sûr, la plupart des retrouvailles se faisaient le soir sous la couette. Le sexe facilite le pardon. Sophie tentait de dialoguer tandis que Thomas concédait certaines excuses en fonction de ses envies sexuelles du moment. Chacun sa vision des choses.

— J’aurais préféré que l’on achète deux télévisions de plus petit format plutôt qu’une énorme. Cela aurait été plus facile pour le choix des programmes. Je te l’ai dit et redemandé cent fois. Tu m’avais dit OK et au moment de l’achat, il faut toujours que tu fasses à ta guise. C’est blessant à la fin !

— écoute, sois réaliste, tu regardes rarement la télévision. Tu es toujours occupée dans tes études scientifiques, tes lectures de périodiques intellectuels ou tes bouquins. Tu ne vas pas me dire que tu prends la peine de passer une soirée télé avec moi.

— En même temps, vu tes intérêts télévisuels…

— Voilà, de nouveau les reproches ! Tu ne sais faire que ça ! Ils ont quoi mes choix télévisuels ? Ils ne sont pas assez sophistiqués pour Madame Cruton ? Avant, tu ne t’en plaignais pas.

— On n’a pas les mêmes attirances, reconnais-le. Je ne critique pas, chacun ses goûts, c’était pour cela que l’option de deux télévisions me semblait bien plus judicieuse. Avant, je m’en foutais du programme parce que l’instant partagé dans tes bras et ta douceur me suffisaient amplement mais maintenant, il faut les chercher ces instants de tendresse!

—On va faire chacun un effort et on en parle plus, OK ? De toute façon, elle est achetée et je n’irai pas l’échanger et puis surtout, à cet instant précis, je n’ai pas envie de parler de télé ni de me disputer avec toi mais j’ai envie de ton sourire, de tes mains, de ton corps, de tes gémissements de plaisir, de tes fesses entre mes mains, de ta poitrine glissant doucement le long de mon torse.

 

Extrait 2/3

— Je vais juste manger avec Marie, je te l’avais dit.

— Je sais, ce n’est pas la question !

— Dans ce cas, quel est le problème ?

— Tu pourrais assister à un enterrement avec une telle tenue. Je n’ai pas épousé ça !

— Ce n’est pas beau ? Je ne vois pas ce qui ne va pas. Tu veux que je change de tenue ? Tu es jaloux ?

— Tu fais ce que tu veux !

Thomas tourna les talons et la planta dans le salon, en larmes. Il était parvenu à lui gâcher sa bonne humeur et depuis peu, toute confiance en elle.

Elle saturait de ces remarques désobligeantes à son égard. Il y a moins d’un an, elle était encore parfaite à ses yeux. Il le lui avait redit hier alors elle ne comprenait pas pourquoi un tel changement dans son discours du jour au lendemain.

À force, elle ne savait plus qui elle devait croire ; Thomas qu’elle aimait aveuglément depuis des années, ses parents qui ne désiraient que son bonheur et donc son divorce ou même son instinct qui commençait à lui foutre de fameux doutes. Elle allait en perdre la tête et puis, il s’était barré sans explication. Quelle ordure de lui plomber sa sortie et de s’en aller comme un lâche !

En conclusion, elle allait encore se tracasser toute la soirée. C’était décidé, quand elle rentrerait, elle éclaircirait la situation. L’amour ne stipule nulle part le manque de respect ni le rabaissement. Elle devait se dépêcher car Marie l’attendait déjà au restaurant.

« Vivre est un cadeau.

L’amour est un plus et non un but à atteindre.

Parce que celui-ci a bien souvent un prix et une fin.

Or une vie ne s’achète pas et l’amour ne doit pas y mettre fin. »

— Qu’est-ce que tu foutais ? Je t’attends depuis une heure !

— Excuse-moi, je ne me souvenais plus à quel point le temps passe vite lorsqu’il faut se préparer, j’ai un peu perdu l’habitude.

— Sophie, tu as un t-shirt et un jeans, tu ne vas pas me faire croire, à moi, ta meilleure amie, qu’il t’a fallu autant de temps pour les enfiler ? Par contre, je veux bien te croire en ce qui concerne ton maquillage mais vu la rougeur et l’humidité de tes yeux, je dirais plutôt que c’est pour camoufler des larmes. Je me trompe ?

— Non

— Bordel Sophie mais réveille-toi un peu ! Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour les autres. Il faudrait que tu acceptes et que tu te mettes une bonne fois pour toutes en tête qu’il y a encore des gens qui t’aiment, autre que Thomas et qui, contrairement à lui, se font du souci pour toi !

Reprends contact avec les gens que tu apprécies, refréquente tes parents, tes amis. Je suis là, moi aussi si tu as besoin mais si tu ne veux pas te confier, que tu n’oses pas, que tu as honte ou que sais-je encore, il existe des personnes spécialisées et qualifiées pour ce genre de situation. Je sais que cela ne doit pas être évident à entendre. Je ne dis pas que tu en as besoin mais je t’ouvre des pistes. Un psychologue ne te jugera pas, il cherchera simplement à t’aider et à concevoir la meilleure issue. C’est toi qui comptes et tu dois y penser. Si tu veux, je te donne la carte du mien.

— Tu vas chez un psychologue ? La Marie si forte et indépendante que je connais ?

— Depuis le décès de maman, oui. Il n’y a pas de honte à cela et puis, on ne peut pas dire que ma meilleure amie était présente pour me soutenir. Il a bien fallu que je trouve quelqu’un qui soit prêt à m’écouter. L’amitié est gratuite, le psy, non.

 

Extrait 3/3

— Tu es certaine que Marc ne sait rien du tout ?

— Non, je m’en serais rendu compte, pourquoi ? Tu m’as l’air bien inquiet ?

— Il me semble que Sophie reçoit des messages assez étranges. Elle m’a affirmé que je la trompais, je ne vois pas de qui ça pourrait venir d’autre que de ton mari, nous sommes restés relativement discrets.

— Marc n’a jamais eu de contact avec Sophie, comment veux-tu qu’il se soit procuré le numéro de ta femme, c’est absurde. Il en est incapable mais ça devait arriver à un moment ou un autre.

— Elle parle de faire ses valises et de se barrer. Elle a toujours été ainsi de toute manière, se mettre en victime et me faire passer pour le monstre.

— C’est la seule issue envisageable pour elle. Elle a vu la fin en face. Ça ne doit pas être évident et je peux la comprendre. Elle t’a devancé. Tu ne t’y attendais pas ou du moins pas si vite, c’est pour cela que ça te dérange. Elle n’est pas assez idiote que pour accepter d’être trompée toute sa vie.

— Tais-toi un peu !

— C’est comme ça que tu réagis quand cela ne fonctionne pas comme tu le veux ? Pauvre d’elle. Ça te fout la trouille qu’elle s’en aille hein ! C’est ton petit monde à toi qui s’écroule mais je ne te plains pas. C’est ce qui arrive quand on joue avec le feu, on s’y brûle les doigts. Je ne me fais pas de souci pour toi, tu es digne d’un phœnix. Tu en ressortiras encore plus grand et tu ne tarderas pas à la remplacer ni à me remplacer.

— Je ne suis pas prêt à te remplacer, pourquoi dis-tu ça ?

— Parce que c’est la stricte vérité, tu prends et tu jettes tout sur ton passage, un peu comme un gamin avec son nouveau jouet. Tu dis cela parce que tu as besoin de moi en ce moment mais ma gloire sera bientôt révolue, je le sais. Il serait peut-être temps que je te trouve un remplaçant. Il faut dire que les raisons ne manquent pas : manque de performance, trop imposant, manque de respect, pannes au lit, rides apparentes.

— Manque de performance et pannes au lit ? Tu n’en as jamais assez petite garce de mon cœur.

— De ton cœur maintenant ? Depuis quand as-tu un cœur ? Laisse-moi rire, elle est bien bonne celle-là. Ne mêle pas le plaisir aux sentiments, surtout pas quand cela t’arrange.

— Tu vas finir par me rendre dingue tu sais !

— Les rôles ne seraient que légitimement inversés. Mais en ce moment, je reconnais que je suis dingue de ton corps.

— Je vois ça ! Mais tu vas le sentir !

— Je n’attends que ça !

— J’ai ton cadeau, il faut que je te le donne.

— Serait-ce une tentative de m’acheter ?

— Simplement le besoin de te faire sourire et plaisir.

— Tu es complètement dingue !

— C’est pour cela que l’on s’entend si bien !

— Je ne peux pas accepter ce cadeau, ce serait de la folie, c’est magnifique mais c’est trop, je ne t’ai jamais demandé quoi que ce soit.

— Ne dis rien et accepte-le, ça me fait plaisir vraiment !

— Mais, ce sont des diamants, je n’oserai jamais le porter, comment veux-tu que j’explique cela à Marc ?

— Tu n’es pas obligée de le lui dire, tu es assez grande, tu peux t’acheter quelque chose qui te fasse plaisir sans lui demander la permission.

— Je ne sais pas, c’est délicat. Il va se douter de quelque chose.

— Ce serait en effet délicat sur ton cou et ta peau si douce.

— Je me vois très mal le porter en public et encore moins devant ta femme.

— Porte-le quand on se voit tous les deux alors, je ne t’en demande pas plus.

— J’aimerais aussi que tu révises ta position sur le week-end. J’en ai besoin !

— Aaaaaaah, voilà donc l’explication de ce cadeau. Tu ne cherchais qu’à m’amadouer.

— Non.

— Une chose à la fois, je ne m’attendais pas à ce que tout ceci prenne de telles proportions.

— Toi aussi, tu veux tout arrêter ?

— Je n’ai pas dit ça ! Laisse-moi du temps, tu ne peux pas tout contrôler.

— Je t’ai dit que Sophie retournait toute la maison pour trouver des preuves de mon infidélité ?

— Elle a trouvé quelque chose ? J’avais dit d’être prudent. Tu te crois toujours infaillible et voilà le résultat. Fallait m’écouter.

— Je crois qu’elle avait compris pour le parfum mais ça n’a pas duré longtemps. Ici, elle a carrément cassé le meuble où se trouvait le pendentif. Je ne la contrôle plus, on en est venu aux mains. Elle a un hématome au visage maintenant. Je n’ai jamais été violent mais elle me pousse à bout.

— Tu l’as frappée ?

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